Un petit point nécessaire

French, Spanish

Bon, comme je vous l’ai dit plus loin, il est difficile (impossible) de vous rendre compte de tout ce qu’il se passe ici. Je tente de sonder les énergies, les émotions, les états et de tisser mes textes de tous ces fils de couleurs et matières différentes.Je tente aussi de comprendre les évènements qui ne sont pas toujours d’une lecture évidente : la douane ou Polo circo.

Je n’y arrive pas toujours ; parfois, je me fais avoir par mes propres sensations. Tout n’est pas publiable ! Lucile, qui a souvent la tête froide m’aide à faire le tri.
Pour l’instant, ici tout va vite.
Nous sommes dans une grande ville, est-ce pour cela ?
Beaucoup de gens rencontrés, beaucoup de problèmes à résoudre, beaucoup de difficultés, beaucoup de joie.
J’écris quelque chose et les quelques minutes qui suivent le rendent obsolète.
Tout est éphémère. Mouvant. Interdépendant. Nous en prenons bien conscience ici.
Nous ouvrons aussi notre regard bien plus loin que nous le faisons habituellement.
Nous nous posons des questions sur comment tourne le monde, et surtout sur notre place dans celui-ci.

Nous préparons un débat qui aura lieu mercredi soir. Beaucoup de protagonistes au centre de la réflexion : nous tous et tous les argentins qui sont intéressés par le sujet (sûrement beaucoup d’artistes).
Le thème est large et passionnant :
Comment vit-on le cirque en France et en Argentine ? Quels liens existe-t-il entre nos pays ? Que peut-on dessiner comme nouveaux chemins chez eux, chez nous, entre nous ?
Ici, le cirque social est très présent. Pour eux, être artiste est intimement lié au partage avec le plus grand nombre, et même au combat social.
Soyons honnête, en France, il nous semble que ce n’est plus ça (ou pour la majorité en tout cas).
Nous disons souvent que donner des cours ou partager notre activité et créer ou jouer des spectacles se sont deux choses bien différentes. En France, c’est comme cela non ?
Ici, non.
Les écoles de cirque, les compagnies, les gens dans les soirées que nous rencontrons jouent beaucoup dans des salles, dans la rue. Le rapport au jeu, à la création semble plus simple ici. Et pourtant tellement moins d’argent.
A Buenos Aires, les artistes n’ont quasiment rien pour vivre. Soit ils font un autre travail à côté, soit ils vivent dans des squats et se débrouillent pour manger avec le peu qu’ils gagnent. C’est un vrai engagement que de faire de l’art ici. Ce n’est pas qu’une passion, c’est bien plus.
Hier, soir, Mariana qui travaille au Circo Social del sur, est venu chez « les Tangos » (ou l’appartement qu’occupent Marine, Moïse, Sébi et Elice) pour préparer ce fameux débat.
Elice explique que, pour elle, le plus important est de parler de spectacle. Que nous sommes des artistes et non des politiques.
Lucho dit que, pour lui, c’est le contraire.
Le débat est déjà là… passionnant…
« Tout est politique »
« Nous n’allons pas venir en colons et dire comment il faut faire chez eux, les fonctionnements sont trop différents, ça ne sert à rien de dire comment ça se passe en France, c’est même indécent ! »
Mariana se bat tous les jours pour que la culture soit reconnue par l’Etat argentin. L’Etat, aujourd’hui ne donne rien du tout pour le cirque. Quelques pesos pour le théâtre, la danse, la musique. Elle nous explique comme c’est important, pour elle, qu’on explique toute notre histoire. Elle connait bien la France. Elle sait très bien que les deux pays sont différents et n’ont pas les mêmes moyens. Mais « tout cela, ce sont des choix politiques, nous nous battons pour que la santé soit aussi importante que la culture ». Tout est choix politique. Nous devons parler pour faire évoluer les choses.
Personne n’ose rien dire derrière ces quelques mots forts.
Les Argentins sont comme cela. Ils se battent, se regroupent et agissent.
Nous, les français, je crois que ça nous plait bien !
Quelques mots sur Polo Circo ou après Polo Circo…
Les quelques jours passés à Polo Circo ont été « sportifs ». C’est le mot qui me vient.
Polo Circo est le seul lieu de cirque qui touche des aides de la ville. Et très peu d’Argentins joue là-bas. Cet « outil de travail » payé avec les sous publics ne leur appartient pas. C’est comme cela qu’ils le vivent. Pourtant ils reconnaissent qu’ils peuvent voir des spectacles qu’ils ne pouvaient pas voir avant. Et pour peu de pesos. Mais voilà c’est leur manière de faire. Grâce à cette lutte « contre le Polo Circo » ils se réunissent enfin pour créer d’autres alternatives.
Cette lutte leur donne l’énergie pour avancer…
Nous avons vécu des choses difficiles là-bas. Nous n’avons pas toujours été capables de prendre du recul et nous avons nourri ces colères. Le Polo Circo a des torts.
Et peut-être que ces torts, erreurs, mauvais fonctionnements, sont dus à la jeunesse de cette structure (elle a environ deux ans). Mais aussi à la méfiance, à la peur de Polo Circo face à tant d’agressivité de la part de la population circassienne vivant ici.
Les galapiats ont donné leur dernière représentation de risque zérO à Polo Circo dimanche à 18h.
Et contents que ce soit la dernière. Une sacrée étape. Une sacrée épreuve.
Comment sommes-nous aujourd’hui ?
Sébastien Armengol, Jonas, Gautier, Moïse, Nelly, Lucie sont malades. Un gros rhume et une grosse fatigue. Une bonne hécatombe…
« Je ne les ai jamais vu comme ça » Marine.
Un groupe fatigué. Un temps de pause serait nécessaire.
Nous ne l’avons pas, le planning est assez chargé. Nous gagnerons l’énergie ailleurs.
La réunion d’hier soir nous a recentré vers des questionnements essentiels.
Nous vivons une Grande Grande Aventure. Il me semble le percevoir dans leurs yeux, dans nos yeux aujourd’hui. Ou du moins, mon esprit est en train de le réaliser..

Emilie

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