Respire

Anglais, Espagnol

Nous sommes encore pleins de cette lenteur. De ce vent dans les herbes sèches. Du maté qui tourne à en perdre la pipette. Du feu qui donne son parfum de bois. Des montagnes arides qui nous protègent. Des cabanes en paille qui nous abritent des rayons. De l’eau glacée de la rivière qui nous renvoie en enfance. Les regards sont pleins de silence. Du silence qui cohabite avec le souffle, avec le vent, les animaux, le soleil et la nuit. Les sourires sont remplis d’espace. Et de ciel et d’étoiles. Un temps de souffle, de silence et de respiration. Un instant de paix au rythme des tortues.

Les adorables tortues qui nous accueillent ici sont en train de créer leur lieu d’habitation dans la montagne à  45 minutes  de leur petite école de cirque dans laquelle nous sommes accueillis. Il faut faire encore 5 kms après avoir passé le petit village avant d’arriver à l’immense terre assoiffée qui voit pousser les cabanes en paille, en bois, et en… (ah ! non la brique c’est que pour les cochons !) bouteilles en plastique.

Ce lieu un peu Extra ordinaire se nomme  Ecoaldea   (le nom vous en donne la couleur…)

Nous nous laissons guider. Nous dépendons des gens qui nous ouvrent les bras. Nous suivons leur pas, leur énergie, leurs envies. Le temps d’adaptation est de plus en plus court. Chaque personne du groupe semble gagner de la souplesse. Chacun bien sûr a besoin de dire  « JE » très fort de temps en temps, ça secoue tout le monde un petit moment, et puis chacun  se refait un espace de liberté. Pas si facile d’écouter ses besoins et ceux du groupe. Quand, par chance ça va dans le même sens, notre force se trouve amplifiée, quand ça se contredit, les tensions naissent. Bien sûr, tout cela existe mais toujours, toujours la joie revient. La conscience de vivre une aventure extraordinaire ne s’est pas tarie pendant ces semaines. Nous prenons tous soin de ce cadeau.

Ils nous ont réservé deux jours pour vivre là-bas. Pour y lézarder ok mais aussi pour donner une variété juste à côté de leur refuge et cela à 17h. Ces tortues-là sont passionnées de cirque bien sûr, et nous allons jouer ensemble. Chuca est toujours là, fidèle et de plus en plus heureux de partager cette piste avec les galapiats. Nos artistes, eux commencent à prendre goût à ces petits cabarets. Leurs propositions sont différentes à chaque fois, ça donne de l’air et de la vivacité à leur jeu.

Le lieu de la variété d’aujourd’hui est magnifique, c’est en pleine cambrousse waouwww… 17h : personne… ce bout de champ a été joliment appelé la place des«  Pinches Cabrones » (traduction littérale : putains d’épines !). Et aujourd’hui c’est l’inauguration ! J

18h, après quelques aller/retours au village, Chuca et son camion/bus ramène quelques gamins du village. Deux ou trois couples curieux sont aussi venus se piquer le cul sur les putains d’épines de la « place ». Il est 18h45. Le soleil commence à faiblir, les artistes commencent.

Et bien les amis, il était divin ce public… les enfants et leur bouche ouverte, les adultes et leur sourire d’enfant ou leur larme de crocodile.

C’était magnifique dans ce désert paradisiaque…

Tout portait une saveur d’éternité…

Pourquoi  venir faire du cirque ici ?

 Pour vingt personnes émerveillées ?  Pour faire du trapèze avec les montagnes ? Pour nous remettre à notre place face à la grandeur du monde ? Pour une petite fille qui, à la fin, danse au centre de la piste face à des gens qui vivent dans un pays lointain ? Pour le jeune jongleur d’ici qui mord la scène ouverte et qui tient la fierté dans ses mains ? Pour Lucho ? Pour Jonas ? Pour Lucie ? Pour Nelly qui saisit des figures ? Pour Luc qui fait vibrer la guitare électrique dans ce no man’s land ? Pour Chuca  qui se régale de surfer sur les airs galapiesques ? Pour le raconter à nos enfants ?

Dans ce lieu hors du temps, l’eau n’est pas dans les éviers (aucun évier d’ailleurs !) et l’électricité n’est pas encore arrivée… peut-être, sûrement, elle n’y arrivera jamais.

Dans ce lieu grandiose et pur, nous avons respiré, respiré, respiré tous les 13, ensemble au même rythme. L’espace nous a fait oublier la promiscuité. Les heures qui bâillent et qui bâillent ont balayé le stress de Buenos Aires, et la tension du travail.

Elice et Sebi ont dormi à la belle étoile sur le tapis de bascule. Le ciel était tout nu hier soir, sans voile de lumière, sans retenu.

Les autres ont lancé leur tente « 3 secondes » de Décathlon… et se sont cassés le dos sur des ridicules tapis de sol !

Au grand matin, les montagnes nous ont réveillés à tour de rôle. C’était carrément cool comme réveil !

Malgré l’absence d’horloge le temps a fini par passer.

Après un passage à la rivière, nous posons à nouveau pied en ville.

Plein de désert tranquille, nous allons continuer notre chemin en Argentine, au Chili et même plus loin encore, en tortue, en serpent ou en chien…

Un peu l’impression, parfois, que ce voyage durera toujours, nous prenons habitude, mais nous le savons, ça se finira. Et peut-être aussi que chacun de nous portera cette trace et que ça nous changera et que l’on se souviendra de notre belle étoile, des tortues, de Chuca, des chansons, des feus de joie, du coin perdu et des regards.

A « l’école western », après notre passage, l’institutrice a été contactée par les autorités. Ils ont lu les articles, et peut-être ont rencontré des gens qui avaient croisé le voisin de celui qui est venu avec son petit ce jour-là. Les autorités, elles se sont dit qu’il fallait récompenser l’école pour cette initiative. Ils ont offert aux 8 petits cowboys un ordinateur et une imprimante… alors peut-être aussi que cela sert à ça. Il n’y a rien d’héroïque à faire du cirque en Amérique du sud, à la campagne. Ils sont juste heureux de jouer là, de prendre le bon air et de faire vibrer. Ce sont des petites choses de gamins circassiens qui, pourtant changent la vie de certains, c’est sûr. En Argentine ou ailleurs, ces artistes-là scrutent leur feu intérieur, tremblent quand ils ne voient que des braises, appellent la flamme, et s’il faut la hache pour trancher le bois, elle n’est jamais très loin. Ca n’a rien d’héroïque et pourtant leur chaleur nous éveille, nous éclaire, nous rend plus vivant. Peut-être que c’est ça être artiste ? Peut-être… Peut-être que c’est notre devoir à chacun de nous, afin de réchauffer les cœurs qui sont morts de froids ? Peut-être…

émilie

 

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